Ukraine : le calendrier de l'ouverture du rail à la concurrence est fixé
Kiev a adopté une feuille de route : séparation d'Ukrzaliznytsia fin 2027, loi-cadre fin 2028 et ouverture du réseau à écartement européen en 2031.
L'Ukraine fixe enfin un calendrier pour ouvrir son rail à la concurrence. Le gouvernement a approuvé le 23 septembre 2026 une feuille de route (ordonnance n° 975-r du Conseil des ministres) qui prévoit la séparation de l'infrastructure et de l'exploitation chez Ukrzaliznytsia (UZ) d'ici fin 2027, une loi-cadre sur le marché ferroviaire fin 2028 et l'ouverture du futur réseau à écartement européen dès 2031. Le grand réseau à voie large restera fermé tant que la loi martiale s'applique. Une réforme exigée par l'Union européenne, menée en pleine guerre.
Une feuille de route liée à l'adhésion à l'UE
Le texte remplace le plan de réforme de 2019, déclaré caduc. Il répond à un engagement du « Plan pour l'Ukraine », qui conditionne les financements de la Facilité pour l'Ukraine de l'UE, et prépare l'ouverture du chapitre 14 (politique des transports) des négociations d'adhésion, selon Railway Gazette International. Le gouvernement parle d'une « transition contrôlée vers un modèle concurrentiel » qui préserve la stabilité du réseau en temps de guerre.
Le calendrier étape par étape
- Fin 2027 : séparation organisationnelle et comptable entre gestion de l'infrastructure et exploitation des trains chez UZ, et adoption d'un modèle d'entreprise cible.
- Décembre 2027 : objectif d'un premier contrat de service public (PSO) pour les trains de voyageurs, sous réserve de la loi.
- Fin 2028 : loi-cadre sur le marché des services ferroviaires.
- 2029 : mise en œuvre du modèle cible et création d'une Commission nationale indépendante de régulation des transports.
- 2031 : ouverture à la concurrence du réseau à écartement européen (1 435 mm) en construction.
- Plus tard : le réseau principal à voie large (1 520 mm) ne s'ouvrira qu'après la fin de la loi martiale et des périodes de transition négociées avec l'UE.
Avant toute ouverture, l'Ukraine devra aussi fixer les règles de tarification de l'infrastructure et d'attribution des sillons.
Fin des subventions croisées et contrats de service public
Aujourd'hui, le fret d'Ukrzaliznytsia finance les pertes du trafic voyageurs. La feuille de route prévoit d'y mettre fin. Les trains de voyageurs jugés socialement nécessaires passeront au modèle européen des obligations de service public : l'État les commandera et les compensera par contrat, avec des durées pouvant atteindre 15 ans une fois le marché ouvert.
UZ a déjà avancé. Son directeur général Oleksandr Pertsovskyi indiquait en juillet que la société finalisait UZ Infra, un gestionnaire d'infrastructure qui regroupera les activités des six chemins de fer régionaux. Les activités voyageurs, banlieue et traction ont déjà des bilans internes séparés. Pour lui, cette séparation n'oblige pas à sortir du groupe, sur le modèle de la Deutsche Bahn.
Des obstacles bien réels
Les responsables reconnaissent que les risques sécuritaires et la difficulté de trouver des financements longs en temps de guerre freinent l'arrivée d'opérateurs privés. Le Parlement ne dispose pas aujourd'hui d'une majorité suffisante pour une ouverture complète. Côté entreprises, une enquête de l'Association européenne des entreprises en Ukraine montre que 59 % des répondants placent l'ouverture du marché aux opérateurs privés en priorité, 56 % la fin des subventions croisées et 53 % la séparation d'UZ.
Le nouveau réseau à écartement européen commence à peine à exister : la première ligne entre Oujhorod et Tchop a été inaugurée récemment. D'autres pays européens ont aussi dû adapter le calendrier de libéralisation à leur écartement, comme l'Espagne, dont la libéralisation a été repoussée à 2031.
Le regard de l'ingénieur
Ouvrir un réseau à la concurrence, ce n'est pas seulement une question juridique. Il faut un gestionnaire d'infrastructure capable d'attribuer les sillons de façon neutre, des règles d'exploitation publiées et des systèmes de signalisation et de télécommunication accessibles à tous les opérateurs. Le choix de commencer par le réseau à 1 435 mm est logique : il sera construit d'emblée aux standards européens, avec l'ERTMS, ce qui facilite l'arrivée d'opérateurs déjà homologués dans l'UE. Sur le réseau à voie large, hérité de l'époque soviétique, l'interopérabilité restera beaucoup plus complexe.
Ce qu'il faut retenir
- Feuille de route approuvée le 23 septembre 2026, liée à l'adhésion à l'UE.
- Séparation infrastructure et exploitation chez UZ d'ici fin 2027.
- Réseau à écartement européen ouvert à la concurrence en 2031.
- Réseau à voie large fermé tant que la loi martiale s'applique.
À lire aussi : Rail Baltica, le corridor à écartement européen des pays baltes · la concurrence sur le tunnel sous la Manche · l'ERA veut geler les spécifications ERTMS.
Sources : Conseil des ministres d'Ukraine, ordonnance n° 975-r, 23 septembre 2026 ; Railway Gazette International, 8 octobre 2026.
Image d'illustration générée par IA.
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