Accident d'Urda : le ministre met en cause l'ordre du centre de contrôle d'Adif
Après une panne de signalisation, l'AVE a été autorisé à repartir en marche normale alors que l'Iryo était arrêté devant lui, selon le ministre Óscar Puente. Bilan : 69 morts.
Par la rédaction TrainsNews · 29 octobre 2026, informations arrêtées à 11 h
Le ministre espagnol des Transports, Óscar Puente, attribue l'accident d'Urda à un ordre donné par le centre de contrôle d'Adif à Madrid-Atocha : après une panne de la signalisation, l'AVE 2080 a été autorisé à repartir en « marche normale » alors que le train Iryo 6076 était arrêté devant lui. Le bilan est passé à 69 morts ce jeudi matin, selon le président de Castille-La Manche.
La séquence décrite par le ministre
Lors d'une conférence de presse mercredi 28 octobre, Óscar Puente a donné la chronologie suivante, rapportée par elDiario.es et El Español :
- Vers 8 h 30, le système de signalisation en cabine LZB tombe en panne au niveau d'Urda, à la suite d'une erreur de communication. La panne touche environ 63 km de ligne et arrête six trains.
- La gestion des trains arrêtés passe au centre de contrôle d'Adif à Atocha.
- À 8 h 36, le centre autorise l'AVE 2080 de Renfe (Madrid–Séville, 397 voyageurs) à reprendre la marche « normalement ». Or le canton devant lui était occupé par l'Iryo 6076 (147 voyageurs), lui aussi parti de Madrid vers Séville.
- Selon le ministre, la seule consigne possible était la marche à vue, limitée à 40 km/h. L'AVE a parcouru environ 25 km avant de heurter l'Iryo à l'arrêt, à 8 h 54. Il a pu atteindre près de 200 km/h selon le ministre.
Óscar Puente a qualifié cette autorisation d'« inexplicable » et de « décision erronée ». Il a aussi rapporté qu'un autre conducteur, arrêté par la même panne, avait contesté une consigne de marche normale : l'opérateur avait alors corrigé l'ordre pour ce train-là, mais pas pour l'AVE 2080. Le ministre a précisé que l'opérateur était expérimenté et qu'un superviseur était présent. Il a écarté sa démission.
Bilan au jeudi 29 octobre
Le président de Castille-La Manche, Emiliano García-Page, a annoncé ce jeudi vers 10 h 40 un bilan de 69 morts, contre 68 plus tôt dans la matinée. Selon le gouvernement régional, 110 personnes ont été prises en charge dans la région, dont 53 hospitalisées et 15 dans un état critique. La Communauté de Madrid fait état de 98 personnes soignées dans ses hôpitaux, dont 4 en réanimation. Renfe signale encore des personnes disparues (chiffres rapportés par elDiario.es).
L'enquête judiciaire est couverte par le secret de l'instruction. La Guardia Civil reconstitue la scène en 3D à l'aide de drones.
Ce que veut dire « marche à vue »
Sur une ligne à grande vitesse, le conducteur ne voit pas les signaux au bord de la voie : la signalisation en cabine (ici le LZB) lui indique en permanence la vitesse à ne pas dépasser et freine le train si nécessaire. Quand ce système tombe en panne, les trains s'arrêtent et ne peuvent repartir que sur ordre du poste de commande, dans un mode dégradé.
La marche à vue est le mode prévu quand la voie devant le train n'est pas garantie libre : le conducteur doit rouler assez lentement pour pouvoir s'arrêter avant tout obstacle. C'est précisément la protection qui a manqué, selon le récit du ministre. Une autorisation de « marche normale » suppose au contraire que le canton est libre. L'enquête devra établir comment cette autorisation a été donnée et pourquoi rien ne l'a bloquée.
Ces éléments viennent du ministre et n'ont pas encore été confirmés par une enquête technique. Nous avions détaillé hier ce que l'on savait de la collision entre l'AVE et l'Iryo. C'est le deuxième accident grave de l'année en Espagne, après celui d'Adamuz, en janvier.
Une grève des conducteurs maintenue
Le syndicat de conducteurs Semaf a maintenu sa grève de 24 heures ce jeudi dans le groupe Renfe. Le ministère des Transports a fixé des services minimums : 73 % des trains à grande vitesse et grandes lignes, 65 % en moyenne distance et 75 % des trains de banlieue aux heures de pointe, selon Renfe. La ligne Madrid–Andalousie reste coupée.
Sources : déclarations d'Óscar Puente, ministre des Transports, conférence de presse du 28 octobre 2026, via elDiario.es et El Español ; bilan : Emiliano García-Page et gouvernement de Castille-La Manche, Communauté de Madrid, Renfe (29 octobre 2026), via elDiario.es ; services minimums : Renfe. Informations arrêtées le 29 octobre 2026 à 11 h.
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