TGV Bully-les-Mines : trafic Lens-Béthune reprend le 15 avril
La ligne Lens-Béthune retrouve ses trains le 15 avril 2026, trois jours avant la date prévue. Bilan humain, détail des travaux et point sur l'enquête judiciaire.
Huit jours après la collision mortelle survenue à Bully-les-Mines (Pas-de-Calais) entre le TGV Dunkerque–Paris et un convoi militaire exceptionnel, SNCF Réseau a rétabli ce mercredi 15 avril 2026 la circulation ferroviaire sur l'axe Lens–Béthune. La reprise intervient trois jours avant le délai de remise en état initialement communiqué, fixé au 18 avril, grâce à la mobilisation continue d'une quarantaine d'agents spécialisés.
Le mardi 7 avril 2026 à 6 h 48, un TGV (train à grande vitesse) assurant la liaison Dunkerque–Paris-Nord percute à 160 km/h, au passage à niveau de la rue Lamartine sur la commune de Bully-les-Mines, entre Mazingarbe et Bully-les-Mines, un convoi exceptionnel routier transportant du matériel lourd appartenant au régiment de génie d'Angers. Le choc est d'une violence extrême : la motrice avant du TGV déraille, le container militaire de 45 tonnes est propulsé dans le jardin d'un riverain, des débris s'éparpillent sur plusieurs dizaines de mètres autour du passage à niveau. Le train transportait 246 passagers.
Le conducteur du TGV, âgé de 56 ans, originaire de Quimper et décrit par ses collègues comme un « cheminot aguerri » devant bientôt partir à la retraite, décède dans la collision. Seize passagers sont blessés, dont certains grièvement. Le bilan humain déclenche une vague d'émotion dans l'ensemble de la communauté cheminote. « Aujourd'hui, c'est toute la famille cheminote qui est endeuillée », déclare Marc Lambert, secrétaire régional de Sud Rail Lille. Le Président de la SNCF, Jean Castex, indique dès le jour de l'accident que le trafic ferroviaire sera « totalement interrompu sur cette voie pendant au moins une semaine ». Le Président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, exprime sur le réseau social X ses « pensées » aux proches de la victime et qualifie l'événement de « terrible drame ».
La remise en état de l'infrastructure ferroviaire nécessite une opération en plusieurs phases distinctes, chacune conditionnant la suivante :
Nuit du 7 au 8 avril — Dépose immédiate des caténaires (câbles d'alimentation électrique aériens) sur la zone de l'accident, étape indispensable pour permettre le relevage de la motrice en toute sécurité.
8 avril — Séparation de la motrice accidentée du reste des voitures du TGV. Les voitures passagers sont évacuées par traction vers une zone sécurisée hors du périmètre de l'accident.
9 avril — Arrivée sur site d'une grue ferroviaire spéciale de 108 tonnes, acheminée depuis le centre de maintenance de Dijon. Cet engin, l'un des rares disponibles en France, est capable de soulever jusqu'à 150 tonnes. La motrice TGV est soulevée et extraite des voies. Simultanément, le container militaire de 45 tonnes, projeté dans un jardin riverain, est également retiré de la zone.
10 au 13 avril — Phase critique de repose de l'infrastructure : 700 traverses neuves sont posées, environ 100 mètres de rails sont remplacés, et l'ensemble du passage à niveau est intégralement reconstruit — signalisation lumineuse, barrières, platelage (surface carrossable) et feux clignotants. Une quarantaine d'agents SNCF Réseau, issus des établissements Hauts-de-France et Grand-Est, travaillent en continu, y compris la nuit et le week-end pascal.
14 au 15 avril — Réalisation des essais dynamiques et de sécurité sur la voie reconstruite, validation par les équipes techniques avant la remise en service commerciale.
Le lundi 13 avril, SNCF Réseau publie un communiqué annonçant la reprise du trafic le 15 avril, avançant l'échéance initiale de trois jours. La compagnie salue « une mobilisation exceptionnelle des équipes ». Cinquante trains circulent quotidiennement en semaine sur l'axe Lens–Béthune, dont huit relations TGV. Le samedi, le nombre descend à 26 circulations ; le dimanche, à 20.
Deux restrictions accompagnent toutefois la réouverture. D'une part, la gare de Mazingarbe ne sera pas desservie à la reprise du trafic : la réfection de ses quais, endommagés lors de l'accident, doit encore se poursuivre. D'autre part, le passage à niveau de la rue Lamartine reste inaccessible aux véhicules et aux piétons pour le reste de la semaine, le temps que la reconstruction soit totalement finalisée côté route. Ces restrictions sont amenées à être levées dans les prochains jours selon SNCF Réseau.
Sur le plan pénal, le chauffeur du poids lourd a été placé en garde à vue dès le 7 avril avant d'être mis en examen le mercredi 8 avril pour homicide routier par conducteur et violation manifestement délibérée d'une obligation de sécurité ou de prudence, ainsi que pour blessures involontaires aggravées. Une information judiciaire a été ouverte et confiée au service interdépartemental de la police judiciaire du Pas-de-Calais. Le passage à niveau était, selon les premières informations, en état normal de fonctionnement au moment de l'accident. Le ministre des Transports Philippe Tabarot s'est rendu sur les lieux dans les heures suivant la collision. Les circonstances exactes du franchissement du passage à niveau par le convoi militaire font l'objet des investigations en cours. Une cellule psychologique a été mise en place par la SNCF pour accompagner les agents qui en ressentent le besoin.
Cet accident relance inévitablement le débat sur la sécurité aux passages à niveau (PN) sur le réseau ferré national. La France compte encore plusieurs milliers de passages à niveau publics actifs. Selon les données du BEA-TT (Bureau d'Enquêtes sur les Accidents de Transport Terrestre), les collisions à des passages à niveau représentent une part significative des accidents ferroviaires graves en France. SNCF Réseau conduit depuis plusieurs années un programme de suppression et de modernisation des passages à niveau les plus accidentogènes, notamment dans le cadre de son plan de régénération du réseau, qui mobilise 6 milliards d'euros d'investissement en 2026 sur 1 700 chantiers. L'accident de Bully-les-Mines impliquant un convoi militaire exceptionnel soulève par ailleurs des questions spécifiques sur les procédures d'autorisation et de franchissement de ce type de véhicules hors gabarit sur les voies ferrées.
Sources :
- SNCF Réseau, communiqué de presse, 13 avril 2026
