Concurrence Eurostar 2029 : Trenitalia, Virgin, Gemini, Heuro

Fin du monopole Eurostar : Trenitalia, Virgin, Gemini et Heuro lancent des trains Paris-Londres d'ici 2029. Prix en baisse, nouveaux services.

Concurrence Eurostar 2029 : Trenitalia, Virgin, Gemini, Heuro

Après trois décennies de règne sans partage, Eurostar s'apprête à affronter une concurrence inédite. Trenitalia, allié à Evolyn, Virgin Trains, Gemini et Heuro visent tous le tunnel sous la Manche d'ici 2029-2030, avec à la clé un investissement global dépassant le milliard d'euros et une promesse : des prix enfin accessibles pour les voyageurs. Mais quels sont ces nouveaux acteurs, et quand les trains rouleront-ils vraiment ?

Mis à jour le 31 décembre 2025

Trenitalia et Evolyn : Le duo de tête pour 2029

Le groupe public italien Ferrovie dello Stato, via sa filiale Trenitalia, a annoncé le 8 avril 2025 un investissement d'un milliard d'euros pour lancer un service Paris-Londres d'ici fin 2029. Fin décembre 2025, l'opérateur a scellé une alliance stratégique avec le fonds américain Certares, qui injecte 300 millions d'euros dans une coentreprise.

Trenitalia s'appuie sur le consortium espagnol Evolyn, propriété de la famille Cosmen, déjà actif dans les transports britanniques via Mobico Group. Ensemble, ils prévoient 10 allers-retours quotidiens entre les deux capitales, avec des rames inspirées du Frecciarossa 1000 — réputées pour leurs quatre classes de confort, leur efficacité énergétique et leur qualité de service « Made in Italy ».

« Cet investissement représente un pas en avant décisif dans la vision du Groupe FS de construire un réseau ferroviaire européen plus intégré, compétitif et durable », a déclaré Stefano Antonio Donnarumma, directeur général de FS.

Pour maintenir ses trains à Londres, Trenitalia prévoit de construire un centre de maintenance près de Paris, évitant ainsi les retours à Milan. Le projet avance en parallèle des autorisations techniques et infrastructurelles.

Pourquoi la concurrence va-t-elle faire chuter les prix ?

L'exemple italien est éloquent. Après l'entrée d'Italo en 2012, les tarifs ont chuté de 31 % et la demande a bondi de 12 % par an, selon une étude de la Commission européenne (septembre 2024). En Espagne, la concurrence entre Renfe, Ouigo et Iryo a fait baisser les prix de 43 % sur l'axe Madrid-Barcelone.

En France, l'arrivée de Trenitalia sur Paris-Lyon a entraîné une baisse de 7 à 10 % des tarifs moyens entre 2021 et 2022, d'après les données de Trainline.

Actuellement, les tarifs d'Eurostar sont estimés deux fois supérieurs à la moyenne européenne par l'ONG Transport and Environment. La concurrence obligera l'opérateur historique à réviser sa stratégie tarifaire pour conserver ses 19,5 millions de passagers annuels (2024).

« La concurrence permettra davantage de choix pour les voyageurs, des tarifs plus bas et de nouvelles destinations possibles », a affirmé Robert Sinclair, directeur général de London St. Pancras Highspeed, l'exploitant britannique de la ligne HS1.

Les défis techniques et infrastructurels

Le goulot d'étranglement de Temple Mills demeure l'obstacle principal. Ce dépôt, le seul au Royaume-Uni équipé pour accueillir des trains transmanches, dispose d'une capacité limitée. Selon le rapport Ipex commandé par l'ORR en juin 2025, des ajustements opérationnels et infrastructurels seraient nécessaires pour accueillir un seul nouvel entrant — ou pour permettre à Eurostar d'étendre sa flotte.

Virgin a obtenu l'accès en octobre 2025, mais doit encore négocier un accord commercial avec Eurostar, qui exploite le site, et obtenir les licences de sécurité auprès de l'ORR et des autorités françaises.

Les contrôles aux frontières posent également défi. Le financement des infrastructures pour le contrôle des voyageurs à Stratford, Ebbsfleet ou Ashford International reste à boucler. Ces gares du Kent exercent une forte pression pour revoir des services internationaux après des années d'abandon.

Enfin, les péages ferroviaires français — les plus élevés d'Europe (18 € par train-kilomètre, contre 7 € en Espagne et 3,5 € en Italie) — pèsent lourdement sur la rentabilité des nouveaux entrants.

Ce qui change pour les usagers

L'arrivée de nouveaux opérateurs transformera l'expérience voyageur sur plusieurs plans :

Prix : Une baisse de 10 à 30 % est probable, alignant les tarifs transmanches sur les standards européens. Les offres low-cost et business se multiplieront.

Fréquence : Les 10 à 20 services quotidiens supplémentaires annoncés par Trenitalia et Virgin doubleront l'offre actuelle.

Destinations : Les gares du Kent, Lyon, Marseille, Milan et les capitales d'Europe centrale deviendront accessibles en direct depuis Londres.

Qualité de service : Trenitalia promet quatre classes (Standard, Business, Executive, Premium), des espaces Silenzio et Allegro, et une restauration servie à la place. Virgin mise sur son « approche customer-first » éprouvée.

Alternative à l'avion : Le transfert modal avion-train pourrait atteindre 25 à 50 %, selon les études de London St. Pancras Highspeed, réduisant l'empreinte carbone des déplacements transmanche.

Une nouvelle ère pour le rail européen

L'arrivée de la concurrence sous la Manche marque le début d'une ère de mobilité plus intégrée, compétitive et durable. Pour le voyageur, cela signifie plus de choix, de meilleurs services et, surtout, des prix plus abordables.

L'ouverture du tunnel sous la Manche à la concurrence est comparable à l'arrivée des compagnies aériennes low-cost dans les années 90 : un système autrefois réservé à une élite ou limité par un monopole devient un pont accessible à tous, transformant le voyage en une simple formalité du quotidien.

Reste à savoir qui, de Trenitalia, Virgin, Gemini ou Heuro, franchira le premier la ligne d'arrivée en 2029.