Ligne TGV Vietnam 2025 : Projet Nord-Sud + Siemens-Vinspeed

1 541 km, 67 Md$, 350 km/h : découvrez le projet de ligne à grande vitesse Vietnam et l'alliance Siemens-Vinspeed. Calendrier, technologie, enjeux.

Ligne TGV Vietnam 2025 : Projet Nord-Sud + Siemens-Vinspeed

Le Vietnam franchit un cap décisif dans la modernisation de ses infrastructures ferroviaires avec l'avancement de sa première ligne à grande vitesse reliant Hanoi à Hô Chi Minh-Ville et le partenariat stratégique entre Siemens Mobility et Vinspeed pour des projets régionaux clés.

Mis à jour le 6 janvier 2026

La ligne à grande vitesse Nord-Sud du Vietnam reliera Hanoi à Hô Chi Minh-Ville sur 1 541 km. Approuvée par l'Assemblée nationale en novembre 2024, elle coûtera 67 milliards de dollars et permettra des trajets à 350 km/h d'ici 2035, réduisant le temps de voyage de 30 heures à 5 heures.

L'ambition nationale : 1 541 km pour relier le Nord et le Sud

Le projet de ligne ferroviaire à grande vitesse Nord-Sud représente le plus vaste chantier d'infrastructure ferroviaire en cours dans le monde. Approuvée par l'Assemblée nationale vietnamienne le 30 novembre 2024, cette artère vitale s'étendra sur 1 541 km entre la gare de Ngoc Hoi à Hanoi et celle de Thu Thiêm à Hô Chi Minh-Ville. La ligne, à double voie avec un écartement standard international de 1 435 mm, permettra des vitesses atteignant 350 km/h.

Le réseau comprendra 23 gares de voyageurs et 5 gares de fret réparties dans 20 provinces et villes. L'investissement total est estimé à 67 milliards de dollars, financé principalement par l'État vietnamien via des fonds budgétaires et des obligations d'État. Selon la Direction générale du Trésor français, le Vietnam prévoit de mobiliser environ 70 % du budget pour le génie civil avec des financements locaux, et 30 % pour les systèmes et le matériel roulant avec des financements étrangers.

Le ministre de la Construction, Tran Hong Minh, pilote un comité directeur chargé d'assurer le respect des échéances. Secondé par le vice-ministre Bui Xuan Dung, ce comité identifie deux défis majeurs : le défrichement des terrains et le déplacement préventif des réseaux électriques et de télécommunications. Ces obstacles logistiques conditionnent le lancement des travaux prévu avant la fin 2026.

Le retrait stratégique de Vingroup : un redéploiement des forces

Dans un document officiel daté du 25 décembre 2025, Vingroup a officiellement demandé au gouvernement vietnamien de retirer son dossier d'investissement pour la ligne Nord-Sud. Cette candidature avait été déposée en mai 2025 avec une proposition d'investissement de 61,35 milliards de dollars, soit environ 13 % du PIB vietnamien de 2024.

Le conglomérat justifie ce retrait par une stratégie de concentration des ressources sur des projets récemment confiés par le gouvernement. Parmi ces priorités figurent la Zone urbaine sportive olympique couvrant plus de 9 000 hectares avec le stade national Trong Dong, ainsi que d'autres projets industriels et énergétiques majeurs comme l'aciérie VinMetal, deux parcs éoliens à Ky Anh, une centrale thermique au GNL à Hai Phong et la mégapole côtière de Can Gio.

Vingroup souligne que d'autres investisseurs de premier plan restent candidats au projet Nord-Sud, notamment Thaco Truong Hai, la Société vietnamienne des transports ferroviaires et le Groupe Vietnam 3000. Le groupe affirme que son retrait n'affectera pas la mise en œuvre du projet national.

Malgré ce désengagement du projet Nord-Sud, Vingroup maintient ses ambitions ferroviaires via sa filiale Vinspeed, qui se concentre désormais sur deux lignes régionales stratégiques totalisant un investissement d'environ 202 000 milliards de dongs (7,68 milliards de dollars).

Le partenariat Siemens-Vinspeed : une technologie de pointe

Le 17 décembre 2025, Vinspeed High-Speed Railway Investment and Development Joint Stock Company (filiale de Vingroup) et Siemens Mobility ont signé à Hanoi un accord de partenariat stratégique global et un accord-cadre. Cette alliance marque un tournant technologique pour le développement ferroviaire vietnamien.

Siemens Mobility devient le partenaire technologique principal, responsable de la conception, de la fourniture et de l'intégration des trains à grande vitesse Velaro Novo ainsi que des sous-systèmes ferroviaires clés. Michael Peter, directeur général de Siemens Mobility, a déclaré lors de la signature que « Velaro Novo, notre plateforme de trains à grande vitesse la plus avancée, offre jusqu'à 30 % de consommation d'énergie en moins, 10 % de capacité passagers supplémentaire et une fiabilité éprouvée, adaptée au terrain difficile du Vietnam ».

Pham Thieu Hoa, directeur général de Vinspeed, souligne que « la combinaison des capacités d'exécution de projets de Vinspeed et de sa connaissance approfondie du marché national avec l'expérience mondiale et la technologie avancée de Siemens Mobility créera une base solide pour fournir des lignes ferroviaires à grande vitesse aux normes internationales ».

Velaro Novo et ETCS niveau 2 : les technologies clés

Le Velaro Novo constitue la plateforme de trains à grande vitesse la plus récente de Siemens. Conçu pour une vitesse maximale de 350 km/h, ce modèle offre au moins 10 % de capacité passagers supplémentaire grâce à une caisse plus large et une conception optimisée en tube creux. Sa consommation énergétique réduite d'environ 30 % par rapport aux générations précédentes diminue les coûts d'exploitation et les émissions.

Les lignes seront équipées du système ETCS (European Train Control System) niveau 2, un système européen de contrôle des trains qui assure la signalisation en cabine via une communication radio continue GSM-R. Ce système permet une transmission immédiate des autorisations de circulation, augmentant ainsi la fluidité et la capacité de la ligne. L'ETCS niveau 2 supprime la nécessité de signalisation latérale, réduisant les coûts de maintenance des équipements au sol.

Le système ATO (Automatic Train Operation) complète l'ETCS en permettant la traction et le freinage automatiques du train. Cette combinaison ETCS niveau 2 + ATO garantit un niveau élevé de sécurité, une optimisation de la consommation énergétique et une haute disponibilité opérationnelle. Pour simplifier : réaliser ces projets ferroviaires, c'est installer un système nerveux ultra-rapide dans un corps immense. La technologie Siemens et Vinspeed agit comme un cerveau électronique garantissant que tout circule à une vitesse et une précision chirurgicale.

Les projets régionaux de Vinspeed : Ben Thanh-Can Gio et Hanoi-Quang Ninh

Vinspeed développe deux lignes à grande vitesse régionales qui précéderont le projet Nord-Sud.

La ligne Ben Thanh–Can Gio s'étend sur 54 km entre le centre de Hô Chi Minh-Ville et la commune côtière de Can Gio. Approuvée par le Comité populaire de la ville le 5 décembre 2025, elle nécessite un investissement d'environ 102 430 milliards de dongs (4,2 milliards de dollars). La cérémonie d'inauguration des travaux s'est tenue le 19 décembre 2025. La phase 1 comprend deux gares (Ben Thanh et Can Gio), tandis que la phase 2 ajoutera quatre stations supplémentaires. La mise en service commerciale est prévue au premier trimestre 2028, avec un temps de trajet estimé à 13 minutes entre les deux terminus.

La ligne Hanoi–Quang Ninh (Ha Long) couvre 120 km à travers quatre provinces : Hanoi, Bac Ninh, Hai Phong et Quang Ninh. L'investissement total est estimé à 138 930 milliards de dongs (5,54 milliards de dollars). La ligne partira du Centre d'exposition du Vietnam à Hanoi (district de Dong Anh) et se terminera dans le parc forestier de Viet Hung à Quang Ninh, face au complexe urbain Vinhomes Ha Long Xanh développé par Vingroup. Vinspeed prévoit de débuter la construction au quatrième trimestre 2025, avec des essais fin 2027 et une exploitation commerciale dès le premier trimestre 2028. La ligne comprendra quatre gares (incluant Gia Binh Station près du futur aéroport de Gia Binh) et permettra des trajets d'environ 30 minutes.

Calendrier et étapes clés de mise en œuvre

Pour la ligne Nord-Sud, le calendrier prévisionnel s'articule autour de plusieurs jalons critiques. Le ministre Tran Hong Minh a fixé comme objectif le lancement des travaux avant la fin 2026. Les propositions de cadres politiques spécifiques, de modèles d'investissement et de critères de sélection des investisseurs doivent être finalisées de manière urgente.

L'horizon 2026 marque la finalisation des modèles d'investissement et la sélection définitive des investisseurs. Un calendrier détaillé de mise en œuvre doit être développé en collaboration avec l'ensemble des parties prenantes pour respecter l'objectif de début des travaux. La phase de construction s'étendra sur plusieurs années, avec une mise en service progressive des différentes sections.

L'échéance de 2035 reste l'objectif officiel pour l'achèvement complet du tracé et le lancement de l'exploitation commerciale sur l'ensemble de la ligne. Ce calendrier ambitieux nécessite la résolution rapide des obstacles identifiés, notamment l'acquisition foncière et le déplacement des réseaux existants.

Pour les projets régionaux de Vinspeed, les délais sont nettement plus courts. Les deux lignes Ben Thanh–Can Gio et Hanoi–Quang Ninh devraient être opérationnelles dès le premier trimestre 2028, offrant ainsi au Vietnam ses premières expériences concrètes de transport ferroviaire à très grande vitesse.

Contexte & enjeux

Le développement ferroviaire à grande vitesse du Vietnam s'inscrit dans une stratégie nationale de modernisation des infrastructures et de décarbonation de l'économie. Le gouvernement vietnamien a inscrit ce programme au premier rang de ses priorités pour accélérer le rythme de croissance tout en réduisant les émissions de carbone.

La ligne Nord-Sud devrait contribuer à près de 1 % par an au PIB vietnamien, selon le vice-ministre de la Planification et de l'Investissement, Tran Quoc. L'amélioration de la connectivité entre les régions clés stimulera le développement économique et touristique, tout en réduisant la dépendance au transport aérien et routier, particulièrement polluants.

La France joue un rôle d'accompagnement technique significatif. L'Agence Française de Développement et la SNCF ont organisé en janvier 2025 une conférence à l'ambassade de France à Hanoi pour détailler leur soutien au développement des infrastructures ferroviaires vietnamiennes. Diego Diaz, représentant de la SNCF, a expliqué : « Créer une ligne à grande vitesse demande de bâtir un écosystème entier. Nous apportons notre expertise pour que le Vietnam fasse les meilleurs choix possibles, qu'il s'agisse de sujets techniques, financiers ou commerciaux ».

Le projet s'inspire également des expériences internationales. Selon un rapport de l'Université des Transports et des Communications du Vietnam (septembre 2025), le Japon offre un modèle avec son Shinkansen (sécurité, fiabilité, Transit Oriented Development), la Chine illustre une approche d'investissement massif avec 47 000 km de réseau, et l'Allemagne souligne l'importance des évaluations environnementales et de la concurrence transparente.

Ce qui change pour les usagers et acteurs

Pour les voyageurs, le gain de temps sera spectaculaire. Actuellement, le trajet Hanoi–Hô Chi Minh-Ville en train classique dure environ 30 heures. Avec la ligne à grande vitesse, ce temps sera réduit à environ 5 heures, soit un gain de 25 heures. Cette réduction transformera radicalement les déplacements professionnels et touristiques entre le Nord et le Sud du pays.

En 2023, environ 11 millions de passagers ont voyagé par avion entre Hanoi et Hô Chi Minh-Ville, avec plus de 60 vols quotidiens, ce qui en fait l'une des routes aériennes les plus fréquentées au monde. La ligne à grande vitesse offrira une alternative compétitive, confortable et plus écologique, contribuant au report modal souhaité par les autorités.

Pour les opérateurs, les technologies embarquées (ETCS niveau 2, ATO) permettront une exploitation optimisée avec des intervalles entre trains réduits, augmentant ainsi la capacité et la rentabilité. Les systèmes automatisés réduiront également la consommation énergétique de 30 %, diminuant les coûts d'exploitation à long terme.

Les industriels vietnamiens bénéficieront du transfert de technologie prévu dans l'accord Siemens-Vinspeed. Siemens s'engage non seulement à fournir le matériel, mais aussi à accompagner la localisation progressive de la production et de la maintenance, développant ainsi les compétences locales et l'autonomie du Vietnam dans ce secteur stratégique.