SNCF et Sun-Ways testent des panneaux solaires sur rails
La SNCF s'associe à Sun-Ways pour tester des panneaux solaires amovibles entre les rails en Suisse. Résultats attendus en 2028 pour un déploiement en France.
SNCF et la start-up suisse Sun-Ways ont officialisé un partenariat inédit pour évaluer la faisabilité d'une centrale solaire amovible installée directement entre les rails d'une voie ferrée en exploitation. Le test, lancé en avril 2025 près de Buttes en Suisse, se poursuivra jusqu'en 2028.
Mis à jour le 17 février 2026
Un partenariat transfrontalier inédit
La collaboration unit le groupe SNCF, premier consommateur d'électricité de France, et Sun-Ways, une jeune pousse helvétique spécialisée dans le ferrovoltaïque. Ce néologisme désigne la production d'énergie solaire directement sur l'infrastructure ferroviaire. L'accord, signé en novembre 2025 et annoncé le 2 février 2026, confère à la SNCF le statut de partenaire dans le projet pilote suisse.
La Direction Technologies, Innovation et Projets du groupe SNCF, en collaboration avec SNCF Réseau, accède ainsi aux données de production, aux retours d'expérience et à l'expertise technologique développée par Sun-Ways. L'objectif principal consiste à étudier l'impact de ces installations photovoltaïques amovibles sur les opérations de maintenance et d'inspection des voies.
Une installation pilote opérationnelle en Suisse
Le site d'expérimentation se trouve près de la gare de Buttes, dans le canton de Neuchâtel, sur le réseau régional TransN. Depuis le 24 avril 2025, les panneaux solaires sont installés sur un tronçon neuf de 100 mètres de la ligne 221. Cette section supporte le passage de 30 trains par jour circulant à une vitesse maximale de 90 km/h, garantissant des conditions d'exploitation réelles.
L'innovation réside dans le caractère amovible des modules. Contrairement aux installations photovoltaïques classiques, ces panneaux peuvent être retirés rapidement pour permettre les travaux lourds de maintenance ferroviaire. Sun-Ways a développé, en partenariat avec la société suisse Scheuchzer, un système mécanique breveté capable de déployer jusqu'à 300 mètres de panneaux par heure, sans interrompre le trafic.
Spécifications techniques
L'installation comprend 48 panneaux solaires de 380 watts chacun, représentant une puissance installée totale de 18 kilowatts-crête. La production annuelle estimée atteint 16 000 kilowattheures, soit l'équivalent de la consommation électrique d'environ quatre foyers moyens. L'énergie produite est injectée dans le réseau public situé à 500 mètres du site.
Après neuf mois d'exploitation, Joseph Scuderi, fondateur de Sun-Ways, indique que la production réelle correspond aux prévisions. La baisse de rendement liée à l'absence d'inclinaison des panneaux se situe autour de 10 %, un résultat conforme aux hypothèses initiales. Les connexions électriques sont sécurisées à l'intérieur des modules, et un système de nettoyage par brosse cylindrique fixée en queue de train garantit la propreté des surfaces photovoltaïques.
Objectifs et évaluations du projet
Le programme d'essais s'étend sur trois ans, jusqu'en avril 2028. Durant cette période, Sun-Ways mène une série de tests en conditions d'exploitation réelles. Les équipes évaluent la facilité de pose et de dépose des modules photovoltaïques, un critère essentiel pour la compatibilité avec les contraintes ferroviaires.
L'analyse porte également sur les risques d'éblouissement liés au verre composant les panneaux. Des inspections régulières de la voie, incluant la mesure de l'écartement des rails et le contrôle du gabarit, permettent de vérifier que l'installation n'interfère pas avec la sécurité ferroviaire. L'encrassement des panneaux au fil des saisons fait l'objet d'un suivi particulier, tout comme l'impact des vibrations et des contraintes mécaniques induites par le passage répété des trains.
Les données collectées permettront à la SNCF d'évaluer la pertinence d'un déploiement de cette technologie sur le réseau ferré français. Les équipes de maintenance analysent notamment si ces installations compliquent ou, au contraire, s'intègrent sans heurts dans le quotidien opérationnel.
Le groupe SNCF, premier consommateur d'électricité de France avec une consommation annuelle d'environ 9 térawattheures, cherche activement des solutions pour sécuriser ses approvisionnements énergétiques et verdir son mix électrique. L'entreprise est également le deuxième propriétaire foncier du pays, avec plus de 100 000 hectares de terrains et 12 millions de mètres carrés de surfaces bâties.
La filiale SNCF Renouvelables, créée fin 2023, a pour mission de déployer des centrales solaires sur les terrains libres et toits de bâtiments du groupe. L'objectif affiché consiste à installer 1000 mégawatts-crête de capacité photovoltaïque d'ici 2030, soit l'équivalent de la production d'un réacteur nucléaire. Cette stratégie vise à couvrir 20 % des besoins en électricité du groupe grâce à l'autoconsommation.
Le partenariat avec Sun-Ways s'inscrit dans cette dynamique. Il offre la possibilité d'augmenter la production d'énergie renouvelable sans acquisition foncière supplémentaire, tout en préservant intégralement la circulation des trains. Pour Sun-Ways, le soutien de la SNCF représente une validation stratégique. La start-up annonce des projets pilotes en France, Espagne, Roumanie et Corée du Sud, et affirme avoir attiré l'attention de partenaires en Chine, Thaïlande, Australie et États-Unis.
Pour les voyageurs empruntant quotidiennement le train, cette innovation demeure invisible. Aucune modification n'affecte les horaires, la fréquence ou le confort des trajets. Les trains continuent de circuler normalement sur la section équipée de panneaux solaires, et les agents peuvent intervenir sur la voie selon les protocoles habituels.
L'impact se situe sur le plan indirect. En produisant localement une partie de l'électricité utilisée par le réseau ferroviaire, les opérateurs réduisent leur dépendance aux marchés de l'énergie. Cette autonomie accrue contribue à stabiliser les coûts d'exploitation à long terme, un facteur susceptible de limiter les hausses tarifaires futures.
Au-delà de l'aspect économique, le projet participe à la transition écologique du secteur des transports. Chaque kilowattheure produit par les panneaux ferroviaires représente autant d'électricité n'ayant pas besoin d'être achetée sur le réseau, réduisant ainsi l'empreinte carbone globale du transport ferroviaire, déjà considéré comme l'un des modes de déplacement les moins polluants.

TrainsNews